Avertissement
Sans être interdit aux mineurs, il contient néanmoins des textes parfois violents, osés ou immoraux...
Comment en sommes-nous arrivés là ? Qui sommes-nous ? L’histoire de notre famille est riche en légendes, mythes et mystères. Ces mystères, je ne les dévoilerai pas. Pourquoi laisser en suspens ces interrogations ? Parce que toucher à la mémoire de la famille Denfer, c’est s’attaquer à son intégrité. Nous vivons dans le calme monastique de notre château et croyez-moi, il vaut mieux rester ainsi. Vous devez vous demander sans doute quel est le sinistre individu qui ose vous interpeller de la sorte. Et bien tremblez visiteurs, curieux et inconscients car je suis Julien, patriarche et garant de la mémoire familiale.
Rassurez-vous, je ne vais pas vous manger. Je laisse ce soin à Indee, ma douce fille. Ma fille. Elle tient peu de sa mère, ce qui n’est pas étonnant puisque celle-ci ne s’en est quasiment pas occupée. On peut dire que j’ai élevé mes deux aînés seul. On peut même considérer qu’ils se sont élevés eux-mêmes, en raison de mes « absences ». Piotr, mon fils, s’en est bien sorti. Il est plus âgé que sa sœur et a su s’en occuper admirablement. Il ressemble tellement à son père. Bien sûr, le temps l’a renforcé. Il est devenu puissant et charmeur. Son lyrisme enivrant et sa grâce sont devenus des armes redoutables pour le monde extérieur. Il s’en est d’ailleurs bien servi, le bougre. Quatre filles sont nées de ses charmes. Pour le bien de tous, nous taisons le nom de leurs mères respectives mais sachez que le secret, s’il était révélé, pourrait créer de graves troubles.
Les rites ésotériques sont chez nous très fréquents. Je ne citerai aucun exemple mais sachez simplement que mes petites-filles préfèrent les potions aux poupées. Les braves petites. Il n’est pas rare de les entendre rire à la suite de violentes déflagrations. Chaque créature sert de cobaye à leur imagination débordante. Zazou, la momie qui officie en tant que nourrice, ne se lasse pas de les contempler. Principalement Lunalithe, la benjamine et favorite de la dame au sarcophage. Ce choix n’est évidemment pas surprenant. Mais entrez donc, cher visiteur, c’est bientôt l’heure du repas.
Oui, entrez donc dans ma noble demeure. Mais vous tremblez ? Le chaud sans doute. Rejoignez-moi alors dans mon labyrinthe, vous y serez plus à l’aise. Ce labyrinthe : quelle histoire. Il est un membre à part entière de la famille Denfer, tant ses allées regorgent d’histoire. Il fut jadis ma geôle, avant que je n’en perce les secrets. Chaque cm² m’est désormais familier. Tenez, regardez ce pommier. Sous ses racines repose ma chère et tendre. Mais vous tremblez ? Vous avez froid ? Ce n’est pas étonnant, un vilain sort le rend perpétuellement glacial. Vous verrez, on s’en accommode vite. Vous en avez terminé avec la visite ? Mais vous tremblez ? C’est la peur, mon ami ! Il est trop tard. Quiconque pénètre ma noble demeure doit en subir les conséquences. Tremblez, mon brave, car sur vous se resserre l’étreinte finale des Denfer.
Infernalement Vôtre
Mes Seigneurs, mes Damoiselles
En préambule à la longue, mais nécessaire, litanie des frasques de notre famille, je me dois de vous soumettre cette série de lettres qu’un vieil ami de notre famille (En fait, il en est à l’origine) envoya à mon père (Papy Julien alias Alcide du Bourget) au cours de ces derniers siècles. Jamais mon père ne reçut ces missives, je les lui confisquai avant qu’il en prenne connaissance. Mais aujourd’hui il est grand temps que vous sachiez… Comprendre d’où nous venons vous sera peut-être d’un grand recours.
Rien dans ces lettres ne compromet notre famille en quoi que ce soit, mais elles indiquent clairement notre "filiation"
Mon cher Alcide-Alucar 1er
Il n’y a guère plus que toi qui puisse me prêter une oreille attentive, il n’y a guère plus que toi qui puisse réaliser ce grand ouvrage. Certes, nous pourrions attendre que le petit Piotr atteigne l’âge requis, mais il y a urgence mon ami, les hommes sont devenus fous et la folie pousse à l’inconscience.
Non, d’une rivière, je n’en crains pas l’onde meurtrière. Meurtrière ? Il n’y a que ce terme qui me viens à l’esprit, pourtant il est loin de cristalliser ma pensée parce que… Je suis déjà mort Mort ? Là non plus le mot n’est pas assez précis, car j’existe malgré tout, béni par des Dieux dont ils ignorent même jusqu’à l’existence. Là encore… Dieux ?! La force de ce mot désuet n’explique en rien la réalité de ma présence, car il est à la fois ma quête, mon moi, je suis lui et nous sommes liés… Toi, moi Eux et les hommes.
Nous sommes tous sous l’emprise de ces Dieux dont je fais partie intégrante. Emprise ? Toi Alcide, tu es à même de le comprendre, personne d’autre que moi n’a d’emprise sur mon âme ni eux, ni toi et encore moins ces… hommes qui motivent cette lettre. Foin de tout cela ! Je n’ai aucune entrave, nous sommes bons pour nous…
Depuis les premières heures de "l’intelligence" depuis que ces singes surent baragouiner, ils n’eurent de cesse que de nous pourchasser. Je suis un Eternel en voie d’extinction. Il faut que tu me protèges, un voile rubis étouffe leurs perceptions, ils n’étaient qu’animaux lorsque nous étions légions. Je frémis encore à l’évocation de ces moments intenses. En ces temps reculés, nous les chassions comme ils le font à présent. Nous avions la science, nous étions les maîtres. Bordel ! Jamais ils ne furent menacés d’extinction comme ils menacent notre faune et notre flore. On les préservait !
Alcide, mon ami… Aujourd’hui, dans ma solitude, je maudis cette intelligence qui leur a été insufflée. Cet immonde traître à notre cause prétendait que nos chasses en deviendraient plus attractives… Et nous l’avons cru. Ah le jeune fou, je le maudis encore une fois, ce qui ne m’empêche pas de sourire seul dans mon trou. Cet ancien, ce traître, ce… Vampire… Leur sacré Dieu !! Eh oui, leur crénom de Dieu est un vampire !
Alcide, il faut que tu leur dises, emploie tous les moyens que tu as en ta possession, moi, je ne puis le faire, je ne suis plus qu’un vieux prédateur sur le retour, un migrateur qui navigue entre loup et hirondelle. Je ne suis qu’un vieux loup blanc, Blanc, parce que très très vieux, un ancêtre, une race disparue dont tu représentes le renouveau… L’espoir.
Explique-leur que je ne crains pas la lumière du soleil, que je me contemple nu dans leurs miroirs, que ni le feu, ni la croix de cet imbécile ne peuvent brûler mes tissus, que je mange de l’ail et me baigne dans l’eau morte des étangs.
Qu’ils se réjouissent, car je vis ma mort jour après jour, éternité après éternité, me rassasiant de la vie de leurs condamnés.
Explique-leur que je suis le plus vieux des fossoyeurs, le plus ancien des croque-morts. Qu’ai-je fait pour mériter cet acharnement ?! Tout ça parce qu’un demi-fou sénile écrivit une fiction à l’eau de rose, un roman ? Pauvres fous, dans roman, il y a romance, ils se sont laissé abuser ! Qu’ils arrêtent de me pourchasser, car à vouloir m’exterminer, ils se condamnent eux-mêmes… Je suis leur contraire, sans moi, plus d’équilibre ! Leur vie ne tient qu’à un fil. Qu’ils brisent cet équilibre et ils n’auront plus aucune raison d’être. Qu’ils enlèvent le yin au yang ! Le noir au blanc ou le rond au carré et qu’ils se préparent à des jours sans lendemain, à des jours si longs qu’ils paraîtront infiniment plus longs que l’éternité et tu peux me croire, l’éternité, c’est déjà l’obscurité, je sais de quoi je parle.
Alcide, je compte sur toi, afin que ces idiots laissent tomber leur bâton, qu’ils brûlent leur pieu et leur missel, qu’ils sachent qu’ils ne sont qu’une sous-race, que je suis leur père, leur Dieu…
Je veux que ces larves parricides et Déicides m’entendent et comprennent qu’ils ne sont qu’une civilisation orpheline…
Alcide-Alucar, mon fils, ceci est peut-être notre dernière mission avant que Piotr… Enfin, fait de ton mieux, il en va de notre survie.
A bientôt, je t’aime, ton père
. .
Mon très cher frère,
Nous avons bien reçu ta lettre.
Cette missive consiste, pour une large partie, en une attaque directe à mon encontre. Ainsi donc, ma très douce Harmonie et notre père me laissent l'insigne honneur de me charger de te répondre... A moins que prudemment, ils ne s'écartent et ne m'envoient au casse-pipe ?
En aucun cas, je ne doute de la loyauté de ma soeur* (je ne méjuge pas de mes fidèles sujets, MOI), mais pour ce qui est de Julien, il va falloir qu'il me la prouve encore un peu. Son ralliement est si récent et soudain... Mais il est tout à fait probable que réalisant la façon dont tu traites tes meilleurs serviteurs, il préfère me rejoindre.
Tout d'abord : "Bravo Lord Piotr, je le reconnais : c'est superbe ! Exceptionnel !..." Je pourrais presque te louer, si tu ne m'épinglais pas une fois de plus.
Oui mais voilà, le monde m'est témoin. Moi, ange de douceur, je te reçus noblement, avec tous les honneurs dûs à ton rang.
Allant jusqu'à (n'écoutant que mon trop bon coeur) t'offrir généreusement une joute, afin que tu puisses démontrer à tous ton habileté.
Te prévenant même des complots qui se fomentent et m'inclinant humblement au final*... Et tout ça pour quoi ?
Pour que tu piétines mon innocence et me soupçonnes de félonie. Et ce, en place publique !
Haaaaaaa ! Mes gracieuses ailes diaphanes clouées au pilori de ta mauvaise foi.
Ainsi, à présent, tu t'es montré sous ton véritable jour et chacun sait ce qu'il en coûte de t'être loyal.
Tu ne t'enfuis pas, dis-tu. Juste assoupi ? Sache qu'il ne fait jamais bon s'endormir sur ses lauriers.
En outre, notre descendance a besoin d'être guidée. Si tu ne remplis pas ton rôle, alors je n'ai pas le choix...
Il faut bien que je m'acquitte de ta charge, si tu l'abandonnes.
Je sais chasser parfaitement. J'ai eu un bon maître et suis une bonne élève, il est vrai. Et je suis capable d'énormément pour l'intérêt de la famille.
Je peux partager mes proies. Ce qui ne risque pas d'être ton cas. J'irai sans rechigner jusqu'à laisser nos sangsues de filles s'abreuver à ma gorge, s'il le fallait. Peut-être même avec un certain plaisir, voire même un plaisir certain...
Mais tu es là, provisoirement ou juste apparement...
Ainsi donc, parfois, tu salues nos entrailles et notre famille toute entière vibre ?
Autrefois peut-être, mais je constate qu'aujourd'hui tu peines à faire reconnaître que tu n'es pas mort.
Alors, si tu envisages de reconstruire Gomorrhe pour nous, si tu veux être suivi et que tous te prêtent allégeance, il va te falloir démontrer encore un peu tes qualités de chef et la réalité de ta consistance.
Car aucun membre des Denfer ne craint la moindre secousse. Tous se montrant digne de leurs ascendants.
Mais personne ne suivra un fantôme, une ombre incertaine.
Je vais abréger, impossible de trouver un peu de calme dans ce monde comme dans l'autre.
Et puisque le coq aux crocs acérés attends sa pitance. J'en avais presque fini, de toutes façons.
Je me lance. M'offre en sacrifice.
Dérisoire rempart à l'entrée de notre demeure, afin d'amortir le choc de notre meute, s'il était avéré que tu sois bien réel...
Inutile de faire celui qui subirait mes morsures vaillament pour être auprès des siens...
Tous savent ici que les seules qui comptent sont les tiennes et que ma bouche ne saurait te mordre...
Ta très loyale et (dévoyée) dévouée soeur................... Indee
1* la pauvre enfant est traumatisée et refuse de croire que je suis sa mère (regardez un peu le mal que vous lui avez fait)
2* l'heure tardive, le manque de temps, la réponse que j'aurais pû te faire, et le tour curieux de notre fraternelle correspondance participèrent de ce dernier fait, mais bon, personne ne le sait...
La famille...DENFER

Paix à son âme (ah bin non, il
l'avait déjà vendue) que son esprit repose dans la douceur éternelle (des flammes de l'enfer)
et sans rire (déjà que votre haleine c'est pas trop ça), c'est vraiment sa voix, sa vraie voix !!! Le texte et la musique sont de sa composition également
!!!
Je ne m'enfuis pas, je m'endors sur d'anciens rêves
ces songes de puissances, ces élixirs sanguins...
De ma retraite, je vous conjure de m'écouter sans trêves
Dame Aga, ma soeur, cette chèvre qui tua Seguin
Cette pestilence qui dénonça les sorcières de Salem
Cette succube, qui effondra la noble Gomorrhe
Fuyez ses propositions encore et encore
Votre "tantine" n'est autre qu'une fiéleuse crème
MOI, qui ne suis pas un parangon de vertu !
Vous connaissez ma cruauté, vous savez où aller
ELLE, c'est la fin d'un monde, nos certitudes avalées
Vous connaissez sa malignité, ses ongles pointus !
Parfois, lorsque je salue ses entrailles
À l'endroit, à l'envers, juste une maille
Lorsqu'elle s'incline devant mon aiguille à tripoter
Soeur dévouée, elle offre ses rejetons à ma potée
Je ne m'enfuis pas, je m'assoupis sur d'anciennes chimères
Certes, une utopie astringente qui étrangle mes certitudes
Confiance gangrenée qui s'évapore sous ses assauts amers
Craignez, mes amours, une secousse de forte amplitude.
Parfois, mes filles, lorsque je salue vos entrailles
À la recherche de ma splendeur perdue
Lorsque vous m'offrez vos tendres entailles
C'est la famille Denfer toute entière qui vibre éperdue.
Je suis là, en dehors, à l'intérieur de vos sombres ruelles
Je suis là et j'y resterai, quitte à accepter les morsures de ma soeur
Je suis là, je vous aime, moi le maçon à l'immonde truelle
Pour vous, je reconstruirai Gomorrhe en cent vingt nuit, j'en connais les couloirs par coeur...
Bien à moi................................. Lord Piotr Denfer Goradd
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